Io uccido de Giorgio Faletti

Io uccido

Le dimanche 11 novembre 2007 par Sheherazade

Le DJ le plus à la mode de Monte Carlo reçoit un soir un appel totalement dément : un homme lui parle de la solitude, de l’humain qui est un et personne (“Uno & Nessuno”) et que pour vaincre ses propres fantômes « il tue » ; c’est pour lui une forme de passe-temps.

Tout le monde, à la station de radio, est littéralement effondré ; certains auditeurs sont scandalisés, d’autres sont enthousiasmés car ils s’imaginent qu’il s’agit d’une nouvelle forme de feuilleton policier. Bien sûr l’audimat est en hausse, mais à quel prix !

D’autant plus que peu après, on trouve les cadavres aux visages horriblement mutilés de deux jeunes gens de la « jet set ». La jeune femme est la fille d’un général américain, Nathan Parker, qui débarque avec son autre fille et son petit-fils ; l’homme arrogant, plein de morgue, est bien décidé à faire justice lorsqu’il aura découvert le meurtrier, car comme tous ceux de sa nationalité il est convaincu que seuls les USA sont capables et le reste du monde est peuplé de crétins.

Pendant ce temps, un inspecteur du FBI en congé de maladie, ayant procédé à l’arrestation d’un groupe de trafiquants de drogue, se remet difficilement d’une dépression à la suite du suicide de son épouse. Frank Ottobre est bien décidé à ne plus jamais remettre les pieds dans une enquête, cependant lorsque son ami, l’inspecteur Hulot lui demande son aide, la curiosité l’emporte.

D’autant plus que « Uno e Nessuno » n’en reste pas là, et bientôt la principauté de Monaco tremble d’avoir un tueur en série en liberté dans ses rues. Commence alors une chasse à l’homme, compliquée par la présence du général Parker qui veut s’en mêler, qui méprise l’homme du FBI qu’il a bien l’intention de faire licencier définitivement ; sa haine du policier intègre prend d’ailleurs de l’ampleur lorsqu’il réalise que sa fille Helena qui l’accompagne nourrit de tendres sentiments pour Ottobre. Il y a entre ces deux hommes si différents un contentieux qui se réglera en même temps que l’enquête à Monte Carlo.

Lorsque Hulot est relevé de ses fonctions pour manque de résultats rapides, le policier poursuit l’enquête malgré tout et son obstination lui coûtera la vie au moment où il découvre l’identité du tueur ; Frank prend alors la relève pour restaurer la réputation de son ami, tout en luttant contre Parker et son homme de main, d’abord soupçonné d’être « Nessuno » mais relâché plus tard.

Ottobre découvrira l’identité du tueur en série grâce à certains indices laissés par son ami Hulot et aussi presque par hasard ; il découvrira par là même le lourd secret d’enfance qui mena le meurtrier à devenir cet être sans pitié, qui ne ressent strictement plus rien.

« Io Uccido », premier roman du chanteur-compositeur et comique italien Giorgio Faletti ; le succès du roman a fait l’effet d’ un véritable raz-de-marée en Italie dès sa sortie en 2002.

Pourtant, avouons-le, le livre n’est pas bien écrit, ce qui est dommage car la trame est fort intéressante même si elle n’est pas novatrice ; la schizophrénie qui mène à devenir un tueur en série est un sujet moultes fois utilisé par les écrivains de polars.

Le roman de Faletti est typiquement construit comme un polar made in USA : rebondissements, dialogues nombreux, flic à la dérive, etc. La trame est passionnante, là il n’y a vraiment rien à redire. Le suspense devient de plus en plus haletant au fur et à mesure qu’avance l’histoire.

Mais le livre n’est réellement pas agréable à lire tant le style est plat ; pourtant j’aime beaucoup la langue italienne mais là on est dans la platitude.

On a parfois l’impression de lire un magazine « people », tant l’auteur aime à décrire un monde superficiel - peut être celui dans lequel il a évolué de par son métier d’amuseur et chanteur. Cependant, si on ne s’arrête pas à ces détails, l’intrigue devient passionnante au fil du récit, surtout après un long et assez ennuyeux prologue.

Seul le personnage de « Nessuno » est intéressant, a de la profondeur, de l’intensité ; tous les autres - même l’inspecteur du FBI qui de « loser » redevient un battant - manque de présence. On en viendrait presque à préférer l’odieux général Parker.

Je me trompe sans doute, mais j’ai l’impression que Giorgio Faletti s’est beaucoup amusé à écrire ce roman ; par instant j’ai eu une impression d’écriture au second degré, un peu comme un pastiche de tous les polars américains qui sont tellement à la mode actuellement.

Je suis probablement la seule à avoir eu cette impression, puisque le maître du thriller américain Jeffrey Deaver a défini ce roman et son auteur comme « bigger than life », autrement dit d’une forte dimension ! Selon les commentaires de Deaver, Faletti serait en passe de devenir une légende. Rien que ça ! Faletti a même reçu des mains du président de la République italienne le prix De Sica pour la littérature.

Ce n’est pas la première fois que je constate qu’un écrivain issu du monde du spectacle n’est pas vraiment doué en tant qu’auteur. C’est une impression que j’avais ressenti en lisant le premier roman de Maureen O’Brien, comédienne de la BBC devenue elle aussi auteure de polars.

Personnellement je préfère les polars de Ian Rankin, Peter Robinson, ou Henning Mankell.